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" Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire, ce n'est pas de subir la Loi du mensonge triomphant qui passe. "
Jean Jaurès
              
Samedi 4 février 2012 6 04 /02 /Fév /2012 08:45

 

 

 

LES COMITES D'ENTREPRISES

 

Depuis quelques jours les attaques pleuvent contre les comités d'entreprises.

Un peu d'histoire est nécessaire pour se rappeler de la façon dont ils ont vu le jour.

Il faut savoir, qu'avant, c'était le charitable qui s'incarnait dans des formes caritatives puis vinrent

des nouvelles formes d'aides avec le développement industriel du 19éme siècle et début du 20éme

siècle. Nous y avons vu naitre le "familistère" de Godin: il suppose que l'action économique soit

corriger et les effets néfastes du capitalisme soit amendés par le Travail, la solidarité, l'équité, la

liberté, le devoir comme le propose ce patron réformiste.

Mais cette façon de faire est rejetée par le capitalisme le plus dur, celui des forges, et nous allons voir

se développer, en particulier, le paternalisme d'Eugène Schneider au Creusot.

Celui-ci, pour empêcher la naissance du syndicalisme dans son entreprise, au Creusot, va développer

ce que l'on appellera le paternalisme familial.

Il mettra en place des oeuvres sociales gérées par lui-même et ses cadres. Ainsi, dés la naissance et

jusqu'à la mort, le patron apportait son concours à la vie de l'ouvrier et pour ainsi dire à la

reproduction de la force de travail. L'on naissait dans le berceau payé par les Schneider, l'école leur

appartenait, le centre d'apprentissage et les petits cadeaux aux méritants confortaient l'esprit de

maison et enfin l'on mourait et l'on finissait dans le cercueil payé par les maîtres du Creusot.

Au Creusot, tout le monde devait pointer à la messe le dimanche sinon il était marqué, plusieurs

églises existaient et portaient le nom de "Saints" qui étaient aussi les prénoms des fils Schneider.

Tout cela visait à couper l'herbe sous le pied des syndicalistes qui voulaient du social et du

revendicatif de manière collective avec un syndicat dans l'entreprise.

Ils furent l'objet de la vindicte patronale la plus violente avec nervis et jaunes et l'armée quand il le

fallait pour mater les révoltés.

1936, fut un des premiers moments d'incursion d'une autre vie sociale et syndicale à l'entreprise.

Les délégués du personnel allaient changer les us et coutumes existants.

Les revendications bien sûr, mais aussi l'accès à la culture, aux sports, la prévention et surtout la fin

des dames patronnesses venant visiter les femmes ,les incitant à rester à la maison et à être de

bonnes maitresses du foyer comme l'enseignaient les femmes des maitres des forges et autres

patrons.

Venait aussi l'idée d'intervenir dans la marche de l'entreprise, mais l'exercice syndical, s'il était

reconnu à l'extérieur de l'entreprise ne l'était pas en tant que tel à l'intérieur et il fallut attendre

1945 et 1968 pour qu'il en fut ainsi.

Je résume cela à grand traits pour en venir à ce que la libération de la France apporta.

Mais auparavant il y eut le pétainisme, ce pétainisme ambiant qui nous revient dans une forme de

déconstruction actuellement. C'est fut un système de collaboration entre Pétain et les patrons

français qui s'installa pendant l'occupation de la France avec la charte du travail, avec ces grands

patrons français qui collaboraient allégrement avec les nazis pour faire marcher la production pour

les forces occupantes, en particulier dans l'aéronautique, l'automobile avec Renault, Berliet pour les

camions, la chimie pour les gaz et autres produits de guerre, tout ce monde là fut en quête

d'intégration des travailleurs et ils créèrent les comités sociaux d’établissement : ces comités ditssociaux,

ne pouvaient débattre que des questions sociales (de l'approvisionnement des pommes de

terre par exemple par ces temps de disette) mais, en aucune façon, des questions économiques. Des

employeurs qui n'étaient que les continuateurs, sous d'autres formes, d'un paternalisme lié à leur

devise de la collaboration: "Travail, Famille, Patrie".

Mais la résistance s'exerçait dans les entreprises en opposition avec la constitution des comités

populaires clandestins dans les usines. Comme le disait Bourderon historien: "

 

 

Tous sont d'accord sur

les objectifs, initialement modestes vu la déstructuration du mouvement ouvrier : retrouver des

militants, les convaincre de s'investir dans l'objectif majeur qu'est la défense des revendications

ouvrières, et par là s'affirmer « contre Vichy et, derrière Vichy, contre l'occupant », comme le dira plus

tard Henri Jourdain, qui précise : « Nous insistons sur la nécessité de développer la production non

militaire, afin de satisfaire les besoins pressants de la population française, et de ne pas alimenter la

machine de guerre allemande. Cette démarche ouvrira la voie au sabotage de la production de

guerre."

 

On peut dire que se furent les premières formes nouvelles pour dépasser le paternalisme d'avant

guerre, l'intégration, et son dernier avatar: la collaboration.

Les comités d'entreprises survinrent donc à libération et font partie intégrante du programme du

Conseil national de la Résistance.

Ils verront le jour en 1945 par une ordonnance du Général de Gaulle qui limite leur attribution aux

questions sociales et culturelles mais surtout pas à l'intervention des salariés dans la marche de

l'entreprise. De Gaulle a vu le danger, il ne veut aucunement que les travailleurs aient leur mot à dire

dans le fonctionnement de l'entreprise.

Pourtant les choses ne se passeront pas ainsi, les travailleurs et la CGT, qui ont participé à la

libération de la France, qui ont vu le patronat collaborer avec l'ennemi, veulent des nouveaux droits

et ils vont imposer que toutes les activités sociales, sportives et culturelles soient financées par

l'entreprise et non par l'employeur comme on dit à tort, en prenant un pourcentage sur la masse

salariale.

Toutes ces évolutions se font par une loi de Croizat, alors ministre du travail et de la Sécurité sociale.

Celui-ci, rappelons-le, met en oeuvre les dispositions qui n’avaient pas été retenues par le

gouvernement précédent : ramener à 50, et non 100, le nombre de salariés à partir duquel une

entreprise aurait un comité d’entreprise, obligation de consulter le CE en matière de gestion et de

marche de l’entreprise, communication des documents remis aux actionnaires, assistance d’un

expert-comptable, 20 heures de délégation, etc. L’Assemblée vota la loi à l’unanimité le 16 mai 1946.

Les réactions patronales furent très vives.

Voilà à quoi s'attaque maintenant le capital avec ce néo-vichysme de retour en ces années de crise.

La campagne qui vient de démarrer vise cela: démolir cette conquête de la libération comme celle en

cours de la Sécurité sociale.

Reprenons encore Kessler, l'ex-vice président du Medef, assureur privé, qui déclarait en 2007 à

l'intention de Sarkozy:

 

 

Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la

Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le

gouvernement s’y emploie….

La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans

exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le

programme du Conseil national de la Résistance !

 

Et dans ce programme du Conseil national de la Résistance il y a effectivement les comités

d'entreprises.

L'attaque est menée dans ce cadre en faisant douter les travailleurs sur la gestion des comités

d'entreprises par le syndicalisme qui serait celle de privilégiés.

Ce discours nous l'avons entendu en d'autres occasions pour démolir des droits à la retraite dans la

fonction publique où encore pour les régimes spéciaux.

On met en avant tout et n'importe quoi et l'on additionne de chiffres en milliards d'euros détournés

des CE dans les syndicats.

Bande de faussaires!

Un seul exemple de la malhonnêteté de ces scribouillards, c'est l'intégration dans ces chiffres du coût

des heures de délégation des élus qui sont de droit et dont certainement le patronat voudrait s'en

défaire.

Cela représente en salaires plusieurs milliards d'euros.

Ces sommes, consacrées à l'exercice syndical, ont été obtenus en 1936 par les délégués du personnel

puis en 1945 avec les membres du comité d'entreprise et enfin avec le droit syndical en 1968

permettant l'exercice syndical sur le lieu de travail et pendant le temps de travail.

Voilà l'attaque qui se cache derrière des prétendus détournements.

Casser la représentation syndicale qui doit être rémunérée comme temps de travail.

Ces aboyeurs, qui viennent tout droit de la niche patronale, de cette nichée héritière de ce

paternalisme, de ce vichysme, n'ont bien sûr jamais calculé les sommes énormes dépensées par les

patrons pour casser les luttes, pour déposer leurs larcins dans les niches fiscales de Suisse, payer des

nervis contre le syndicalisme etc.

Leur but est bien de jeter le trouble, d'opposer les travailleurs entre eux, bref de diviser pour régner.

Le but est évident: dans ces moments d'une crise du système, du jamais vu, pour faire accepter

l'austérité et le recul social, les comités d'entreprises dont le rôle est important dans la lutte contre

les fermetures, les licenciements, les délocalisations, doivent être mis hors d'état de nuire face aux

politiques de rigueur décidées par l'Europe des profiteurs.

Les travailleurs ont toutes les raisons de défendre leurs lieux de représentation et les comités

d'entreprises sont indispensables à la lutte contre les mesures édictées par l'Europe du Capital.

Nul doute que ceux-ci ne marcheront pas dans les attaques réactionnaires actuelles distillées par

ceux qui veulent faire taire le syndicalisme.

Bernard LAMIRAND

Par Maurice Distinguin - Publié dans : Actualité Politique
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Culture

 

     

Une lettre à Jean Ferrat pour la présidentielle

 

L'appel de Philippe  Torreton

 

Le comédien s'adresse à la mémoire de Jean Ferrat. Depuis dimanche, le  texte circule activement sur internet. En réalité, l'acteur a publié cette  lettre sur son blog en février, mais

depuis l'annonce des résultats du 1er tour  de la présidentielle, elle semble rencontrer un écho  particulier.

 

"Jean,

 

J'aimerais te laisser tranquille, au repos  dans cette terre choisie.

 

J'aurais aimé que ta voix chaude ne serve maintenant  qu'à faire éclore les jeunes pousses plus tôt au printemps, la preuve, j'étais à  Entraigues il n'y a pas si longtemps et je n'ai pas souhaité faire le  pèlerinage. Le repos c'est sacré !

 

Pardon te t'emmerder, mais l'heure est  grave, Jean. Je ne sais pas si là où tu es tu ne reçois que le Figaro comme dans  les hôtels qui ne connaissent pas le débat d'idées , je ne sais pas si tu vois  tout, de là-haut, ou si tu n'as que les titres d'une presse vendue aux  argentiers proches du pouvoir pour te tenir au parfum, mais l'heure est  grave!

 

Jean, écoute-moi, écoute-nous, écoute cette France que tu as si  bien chantée, écoute-la craquer, écoute-la gémir, cette France qui travaille dur  et rentre crevée le soir, celle qui paye et répare sans cesse les erreurs des  puissants par son sang et ses petites économies, celle qui meurt au travail, qui  s'abîme les poumons, celle qui se blesse, qui subit les méthodes de management,  celle qui s'immole devant ses collègues de bureau, celle qui se shoote aux  psychotropes, celle à qui on demande sans cesse de faire des efforts alors que  ses nerfs sont déjà élimés comme une maigre ficelle, celle qui se fait virer à  coups de charters, celle que l'on traque comme d'autres en d'autres temps que tu  as chantés, celle qu'on fait circuler à coups de circulaires, celle de ces  étudiants affamés ou prostitués, celle de ceux-là qui savent déjà que le  meilleur n'est pas pour eux, celle à qui on demande plusieurs fois par jour ses  papiers, celle de ces vieux pauvres alors que leurs corps témoignent encore du labeur, celles de ces réfugiés dans leurs propre pays qui vivent dehors et à qui  l'on demande par grand froid de ne pas sortir de chez eux, de cette France qui a  mal aux dents, qui se réinvente le scorbut et la rougeole, cette France de  bigleux trop pauvres pour changer de lunettes, cette France qui pleure quand le  ticket de métro augmente, celle qui par manque de superflu arrête  l'essentiel...

 

Jean, rechante quelque chose je t'en prie, toi, qui en  voulais à D'Ormesson de déclarer, déjà dans le Figaro, qu'un air de liberté  flottait sur Saigon, entends-tu dans cette campagne mugir ce sinistre Guéant qui  ose déclarer que toutes les civilisations ne se valent pas? Qui pourrait le  chanter maintenant ? Pas le rock français qui s'est vendu à la Première dame de France.

Écris nous quelque chose à la gloire de Serge Letchimy qui a osé dire  devant le peuple français à quelle famille de pensée appartenait Guéant et tous ceux qui le soutiennent !

 

Jean, l'huma ne se vend plus aux bouches des  métro, c'est Bolloré qui a remporté le marché avec ses gratuits. Maintenant,  pour avoir l'info juste, on fait comme les poilus de 14/18 qui ne croyaient plus  la propagande, il faut remonter aux sources soi-même, il nous faut fouiller dans  les blogs... Tu l'aurais chanté même chez Drucker cette presse insipide, ces  journalistes fantoches qui se font mandater par l'Élysée pour avoir l'honneur de  poser des questions préparées au Président, tu leurs aurais trouvé des rimes  sévères et grivoises avec vendu...

 

Jean, l'argent est sale, toujours, tu  le sais, il est taché entre autres du sang de ces ingénieurs français. La  justice avance péniblement grâce au courage de quelques-uns, et l'on ose donner  des leçons de civilisation au monde...

 

Jean, l'Allemagne n'est plus qu'à  un euro de l'heure du STO, et le chômeur est visé, insulté, soupçonné. La  Hongrie retourne en arrière ses voiles noires gonflées par l'haleine fétide des  renvois populistes de cette droite "décomplexée".

 

Jean, les montagnes  saignent, son or blanc dégouline en torrents de boue, l'homme meurt de sa fiente  carbonée et irradiée, le poulet n'est plus aux hormones, mais aux antibiotiques  et nourri au maïs transgénique. Et les écologistes n’en finissent tellement pas  de ne pas savoir faire de la politique.

Le paysan est mort et ce n’est pas les  numéros de cirque du Salon de l’Agriculture qui vont nous prouver le  contraire. Les cowboys aussi faisaient tourner les derniers indiens dans  les cirques.

 

Le paysan est un employé de maison chargé de refaire les jardins de l'industrie agroalimentaire.

On lui dit de couper il coupe, on lui dit de tuer  son cheptel il le tue, on lui dit de s'endetter il s'endette, on lui dit de  pulvériser il pulvérise, on lui dit de voter à droite il vote à droite... Finies  les jacqueries!

 

Jean, la Commune n'en finit pas de se faire massacrer  chaque jour qui passe. Quand chanterons-nous "le Temps des Cerises" ? Elle  voulait le peuple instruit, ici et maintenant on le veut soumis, corvéable,  vilipendé quand il perd son emploi, bafoué quand il veut prendre sa retraite,  carencé quand il tombe malade...

Ici on massacre l'Ecole laïque, on lui préfère  le curé, on cherche l'excellence comme on chercherait des pépites de hasards, on  traque la délinquance dès la petite enfance, mais on se moque du savoir et de la  culture partagés...

 

Jean, je te quitte, pardon de t'avoir dérangé, mais  mon pays se perd et comme toi j'aime cette France, je l'aime ruisselante de rage  et de fatigue, j'aime sa voix rauque de trop de luttes, je l'aime  intransigeante, exigeante, je l'aime quand elle prend la rue ou les armes, quand  elle se rend compte de son exploitation, quand elle sent la vérité comme on sent  la sueur, quand elle passe les Pyrénées pour soutenir son frère ibérique, quand  elle donne d'elle même pour le plus pauvre qu'elle, quand elle s'appelle en 54  par temps d'hiver, ou en 40 à l'approche de l'été.

Je l'aime quand elle devient  universelle, quand elle bouge avant tout le monde sans savoir si les autres suivront, quand elle ne se compare qu'à elle même et puise sa morale et ses  valeurs dans le sacrifice de ses morts...

 

Jean, je voudrais tellement  t'annoncer de bonnes nouvelles au mois de mai...

 

Je t'embrasse. 

Philippe Torreton

Hommage Deux ans déjà !

Né le 26 décembre 1930 à Vaucresson dans les Hauts-de-Seine, Jean Ferrat, né Jean Tenenbaum, a 11 ans lorsque son père, juif émigré de Russie, est déporté. L'enfant est sauvé grâce à des militants communistes, ce qu'il n'oubliera jamais. A la Libération, il quitte le lycée pour aider sa famille, et devient aide-chimiste jusqu'en 1954, date à laquelle il passe ses premières auditions dans des cabarets parisiens. 

Après avoir écrit la musique des Yeux d'Elsa (1956) pour André Claveau, il chante régulièrement à La Colombe, puis fait sa première grande scène à l'Alhambra en 1961 où il triomphe avec Ma môme, et Deux enfants au soleil. Rapidement, Jean Ferrat choisit d'interpréter des textes plus engagés, comme Nuit et Brouillard (1

 

 

963), non diffusée par les radios, puis Potemkine (1965), interdite d'antenne.

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